Désert Blanc

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C’est l’une des curiosités du désert lybique égyptien. Il s’étale sur 60 kilomètres de long (et presque autant de large) entre l’oasis de Baharia et l’oasis de Farafra. De surprenantes formations calcaires érodées par le vent dessinent des figures au milieu du désert ! Un animal, un visage, un champignon géant, une meringue, on croirait presque à l’œuvre d’un sculpteur…

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Récit de voyage :

Le désert Blanc, Terres d’Aventures.

Jour 1 - 07/10/2010

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Après un vol sans encombre, nous atterrissons au Caire à 0h35 (Heure Locale, 1 heure de moins que Paris, l’hiver). La température, à cette heure est de 26°. Après l’installation à l’hôtel (un peu sordide), sur le coup de 3h du matin, nous passons une nuit difficile ponctuée de bruits de climatiseurs dans la cour voisine. Le lever, à 7h nous engage à consommer rapidement un frugal petit déjeuner, après s’être passé aussi furtivement sous une douche symboliquement représentée par un mince filet d’eau.

Nous rencontrons notre correspondant local (Hussein), égyptien de Louxor.

Nous partons dans la dense circulation du Caire, à bord d’un minibus Toyota, où nous nous entassons à 15 + le correspondant + le chauffeur, pour une visite rapide des Pyramides de Gizeh.

Toujours aussi majestueuses, elles nous contemplent depuis un peu plus d’un siècle après Napoléon, qui lui même avait déjà jeté 20 Siècles de jalons.

Une heure pour les pyramides et le sphinx, c’est rapide, mais venir au Caire sans les voir, c’est comme faire l’impasse de la Tour Eiffel à Paris, pour un américain ! Nous nous arrêtons quelques minutes dans un petit restaurant pour acheter du kochari [1].

Nous nous extrayons du Caire pour prendre direction Sud-ouest vers Al Bahreya (sur la Al Wahat Al Bahreya Al Giza). La Caire est tellement grand [2] que nous traversons pendant de nombreux kilomètres des cités dortoirs, bâties sur les terres arrachées au désert. Puis, soudain, plus aucune construction et du sable à perte de vue. La voie ferrée suit la route que nous empruntons, et quelque fois, nous rencontrons un train de marchandises transportant quelques minerais extraits du décor.

Une étape dans un bar crasseux nous permet de déjeuner avec notre Kochari accompagné d’oranges jaunes, et pourtant très juteuses. Comme la couleur orange se pigmente sous l’effet du froid, l’idée est définitivement à abandonner d’en voir autrement que des jaunes.

Le barman nous sert, dans un verre qui pourrait être propre, un thé pour 5 LE [3], que nous dégustons avec délice. Une étape aux toilettes que l’on trouve grâce à l’odeur, et dont la chasse d’eau se résume à une gamelle à remplir d’eau depuis un bidon ouvert, puis nous reprenons la route, stoppé çà et là par des postes de contrôle, où des policiers sérieux examinent méticuleusement les papiers et laissez-passer du chauffeur et de notre accompagnant.

Le paysage change imperceptiblement pour donner place à des reliefs que nous traversons par des cols providentiels. Après une halte à la pompe à essence, nous reprenons la route jusqu’à la nuit, vers 18h, où nous attendent les chameliers à bord d’un… 4X4, dans lequel nous entassons pèles mêles nos bagages.

Nous chargeons nos sacs à dos et nos lampes frontales, et nous nous enfonçons dans le désert nocturne, derrière un des chameliers. Après 30 mn de marche au pas de charge, comme si nous voulions conjurer l’effet des 500 Kms de bus de la journée, nous arrivons au bivouac, où nous attendent déjà les chameaux, le 4X4, et une tente improvisée pour le repas, mais judicieusement installée, constituée de tapis pour les murs, accrochés sur des ficelles tendues sur des piquets, et de tapis épais et de matelas pour le sol, agrémentée d’une table basse ad’ hoc.

Les chameliers préparent un repas pourtant simple, mais divin, que tout le monde déguste avec appétit et délice : Poulet grillé, avec du riz et des légumes coupés en dés.

Après un tout de table de présentation, assemblée hétérogène et fortuites de personnes d’âges et d’horizons différents, agrémenté d’un thé désaltérant, nous rassemblons notre courage pour monter les tentes igloo. Après avoir hésité, nous décidons de dormir à la belle étoile (ou plutôt aux belles étoiles), en se rassurant sur la solution de repli consistant à rentrer dans la tente, "au cas où !". Nous n’oublions pas de dessiner un cercle dans le sable autour de notre couchage, pour décourager insectes et serpents. Incrédules de l’utilité d’une telle barrière, nous la faisons quand même, ce qui est peut-être plus rassurant qu’efficace !

Dès que nous sommes allongés, le spectacle merveilleux du ciel étoilé nous empêche de dormir, comme si fermer les yeux entraînerait définitivement la disparition d’une telle merveille. C’est pourtant ce que nous faisons jusqu’au matin, où les premiers rayons du soleil nous tirent de notre sommeil.

Jour 2 - 08/10/2010

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Notre réveil à 6h est celui qui nous coûte le moins de l’année ! Du sable au sol, parsemé de « meringues » de différentes hauteurs meublent l’horizon. La fraîcheur du matin nous oblige à enfiler rapidement une polaire, et après avoir fait de multiples photos, nous remballons nos affaires, avant de prendre du thé ou du café soluble, accompagné de galettes de maïs (dures) et de blé (molles), sur lesquelles nous pouvons mettre de la confiture d’abricot, de figue et du miel. Puis, nous enfilons nos sacs à dos et commençons à marcher vers 8h30. Nous partons d’un pas moins soutenu que la veille, mais alerte. Toutes les demi-heures, environ, nous faisons une courte pause au cours de laquelle nous nous désaltérons. Vers midi, nous nous abritons du soleil au pied d’une grande concrétion d’une quinzaine de mètres de hauteur, où les chameliers font réchauffer le pain et découpent les légumes.

Nous repartons vers 15h après un « Yallah » [4] sonore des chameliers. Nous traversons des paysages à couper le souffle. Une fois, au bord d’un plateau, nous surplombons une vallée jonchée de monolithes blancs, plantés comme autant de statues naturelles. Une surface plane, au loin, brille comme une petite mare d’eau. Il s’agit, en fait, d’une roche affleurant, blanche, lisse et plate comme une dalle de béton.

En descendant, nous traversons un village abandonné. Les ombres s’allongent de plus en plus, faisant ressortir davantage la couleur de la pierre blanche, le sable jaune clair, et le ciel bleu qui prend des couleurs chaleureuses, tout comme la lumière.

Le groupe s’est un peu étiolé, et nous suivons les traces qui semblent être les siennes au milieu de ce décor majestueux, dont les « meringues » sont de plus en plus nombreuses. Puis, au détour d’une « hutte », nous apercevons le camp, où les chameaux sont déjà entravés, et le 4x4 sert déjà de support à la tente. Nous montons la tente igloo pendant qu’il fait encore jour, et cette fois-ci, nous la destinons exclusivement aux affaires, bien décidé à dormir encore à la belle étoile. Le groupe prend cette fois-ci toute la place disponible, dans un rayon de 100 mètres. Nous nous installons donc pour la seconde nuit, mais auparavant, nous dînons d’un délicieux repas tel que savent faire les bédouins.

Après le repas, nous essayons d’identifier les étoiles, constellations et autres planètes, mais nous renonçons bientôt tellement elles sont nombreuses.

Nous nous endormons emmitouflés dans nos duvets, la tête dans les étoiles, et rapidement la fatigue nous gagne et nous encourage à fermer les yeux, après ces 18km de marche. La nuit est plus froide que la précédente. Nos yeux se ferment sur des étoiles filantes qui traversent le ciel.

Jour 3 – 09/11/2010

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Le soleil darde déjà ses rayons qui réchauffent timidement l’atmosphère. Sitôt debout, je fais un petit tour pour prendre quelques clichés, profitant de la lumière matinale. Le souvenir du coucher du soleil reste dans nos cœurs, et ce nouveau jour nous promet encore de magnifiques décors à découvrir.

Nous sommes en retard, par rapport au groupe, ce matin, et nous sommes les derniers à nous installer à la table du petit déjeuner, où nous découvrons de savoureuses omelettes.

Nous partons vers 8h15 et d’un pas vaillant, le groupe a tendance à dépasser les chamelles, qui, elles trois, attendent depuis 5 mois un petit, leur gestation durant 12 mois. Elles ne semblent pas particulièrement gênées par cet état, et les chameliers n’hésitent pas à les charger de nourriture, d’eau et des matelas, comme à l’accoutumée.

Le paysage change subitement, les « huttes » d’hier ont disparu pour laisser place à des reliefs assez hauts, disposés en cercle constituant une sorte de cirque, que nous traversons. A l’occasion d’une des pauses, un des bédouins m’invite à un jeu composé d’un carré de 5 cases sur 5, creusées dans le sol, et de 12 cailloux noirs et 12 cailloux blancs. Le but du jeu est d’encercler la couleur opposée, pour prendre la pièce adverse. Celui qui n’a plus qu’un caillou a perdu. Chance du débutant, je gagne cette partie stratégique, sous quelques conseils avisés de notre accompagnateur, et après s’être donnés mutuellement une accolade, nous reprenons la route après le « Yallah » habituel, pour faire une halte auprès d’une arche naturelle, puis à l’ombre d’un rocher immense où nous prenons notre déjeuner, composé de tomates, concombre, fromage frais et un « bougui boulga »de fèves, tomates et un autre ingrédient indéterminé. Après une sieste rapide, nous reprenons la route.

Le sable absorbe nos pieds qui deviennent lourds. La vue, pourtant, nous fait oublier la difficulté. De grandes étendues de sable impeccablement ratissé servent de plateau à de grands monolithes blancs qui se détachent harmonieusement découpés sur un ciel bleu profond. Nous progressons difficilement car le sable se dérobe sous nos pas, et la déclivité est sensible.

Une fois, en passant un col ensablé, nous progressons à pas lent jusqu’à découvrir une vallée abritant des sculptures naturelle où nous imaginons toutes sortes de figures pittoresques. Nous atteignons notre lieu de campement où l’étendue de sable profond nous permet de prendre nos aises pour monter le camp. Après une soupe bien chaude, nous dévorons le poulet cuisiné au feu de bois, magistralement grillé par Omar, notre cuisinier. Un bol de riz et des légumes cuits accompagnent le poulet que nous mangeons avec les doigts.

La nuit est déjà tombée, et nous en profitons pour renouer avec la tentative d’identifier les étoiles, avec difficultés !

Nous nous enfilons dans le duvet douillet, pour profiter encore quelques instants de la nuit avant qu’elle nous absorbe, épuisés. Il n’est que 21h…

Jour 4 – 10/11/2010

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Quelques minutes avant le lever du soleil, nous ouvrons les yeux et enfilons nos polaires pour s’extraire du duvet, car la température est de 14°.. Nous nous préparons rapidement pour commencer la marche vers 8h15, après avoir vidé un délicieux pot de confiture de figue, qui entre directement en concurrence avec le miel liquide, mais dont leur destinée est d’être étalés sur les galettes de blé.

Le paysage change brusquement. Les reliefs reculent vers l’horizon et nous avançons difficilement sur une vaste étendue plate, sans aucun relief, dont le sol est constitué de cailloux épars. Seules, les montagnes qui bouchent l’horizon nous donnent un but, ainsi que les « clous » de pyrite, noires, près d’étoiles dans le même matériau, et le soleil écrasant nous donne une difficulté supplémentaire. Nous faisons une pause près d’un rocher isolé, nous procurant timidement un peu d’ombre, que nous partageons en dégustant quelques dattes dans lesquelles nous trous trouvons quelquefois des petits vers !

Encore un petit effort et le sol caillouteux laisse place à du sable mou, qui nous conduit vers un col pour permettant de découvrir une vaste étendue blanche et jaune, aplatie par un ciel d’azur. Rapidement, nous atteignons une arche naturelle qui s’ouvre sur des dunes de sable meuble. Nous approchons d’une cavité creusée dans le calcaire, dissimulée derrière une dune de sable frais. Le sable dans le désert, malgré le soleil ardent, n’est pas aussi chaud que sur nos plages, du fait de sa composition différente. C’est là que nous faisons la pause déjeuné où le groupe s’adonne à ses activités préférées : dessin, écriture, sieste, photos, lecture, discussions. Notre repas se compose aujourd’hui d’une délicieuse omelette aux tomates, accompagnée de thon émietté et de fromage frais.

Nous repartons après un repos réparateur, à travers le désert tel qu’on se l’imagine : dunes de sable fin, que l’on monte difficilement, puis dévers où l’on plante le talon dans le sable mou. Des vaguelettes de sable dessinent des fuyantes improbables, serpentant au travers d’obstacles imaginaires. La progression est lente, car le sol se dérobe sous nos pas et le décor tellement majestueux qu’on a envie de s’y attarder, ne serait-ce le temps de prendre une photo. A un moment, après avoir gravi une pente raide, nous découvrons, après un col élevé (140m !) la plaine, tout en bas. On pourrait se croire aussi grand que le monde. Puis, les derniers accros à la technologie ayant reçus fortuitement leurs emails, dérisoires courriers virtuels dans cette immensité naturelle, contraste équivoque de notre réalité quotidienne urbaine, nous nous dirigeons vers un défilé fortement abrupte. Un bon sable mou nous invite à faire des glissades jusqu’en bas. Nous dévalons comme des enfants en criant et agitant les bras, pour les plus téméraires, ou accroupis pour les plus prudents, mais toujours le sourire aux lèvres et le sable plein les chaussures.

Après cette récréation enfantine, nous traversons une vaste étendue de sable jusqu’au campement auprès d’un rocher derrière lequel s’écrase un soleil rougeoyant.

Comme à l’accoutumée, nous dressons les tentes dans lesquelles nous ne dormirons pas. Au repas, un fennec, curieux, et sûrement gourmand, voire affamé, nous attire joyeusement l’attention une dizaine de minutes. Très joueur, il s’éloigne puis revient jusqu’à ce qu’un chamelier lui donne un œuf. Après l’avoir dérobé, il s’enfuit dans la nuit, tout en restant autour du campement, puisque nos compagnons de route les entendront la nuit.

La nuit nous semble chaude, mais quelques brises timides nous invitent à nous couvrir. Dès les premiers rayons du soleil, nous ouvrons les yeux.

Jour 5 – 11/11/2010

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Nous sommes, ce matin, les premiers à nous installer autour du petit déjeuner, où nous retrouvons avec plaisir l’équipe de chameliers auxquels nous adressons un sympathique « Salamalekoum », et aussi les galettes que nous fourrons avec le miel, et les confitures de figues et d’abricot, tout en discutant de la précédente journée et de ce que pourrait nous réserver la future.

Nous prenons la route 5 minutes avant 8h, et traversons un décor encore une fois différent. Des tamaris, des palmiers et des dattiers sont parsemés sur le sable et offrent un abri à de multiples animaux. Scarabées, lézards, oiseaux « bonheur », et sans doute bien d’autres que nous ne voyons pas. A mi-chemin, un des chameliers nous propose de monter sur un des chameaux, le temps de prendre quelques clichés, sous ses encouragements : « Photo, photo, photo ! », s’exclame-t-il dans un français réduit, mais efficace et jovial.

Puis, à l’ombre d’un buisson de tamaris, nous observons des scarabées obstinés, que le guide va chercher aux endroits les plus humides. Les derniers kilomètres sont éprouvants, et c’est avec une certaine satisfaction mêlée à l’étonnement que nous rejoignons le 4x4 accompagnateur. Ce n’est pas coutumier, mais nous comprenons pourquoi lorsque nous constatons qu’il s’agit d’une oasis très fraîche et ombragée. A l’écart, les chameaux se désaltèrent dans une petit cuvette d’eau naturelle, encerclée par de l’herbe bien verte et un petit muret.

Hélas, nous ne sommes pas seuls à profiter de ce petit paradis qui ne le devient plus, encombré de 4x4 monstrueusement chargés, et d’incivilités flagrantes, dont le témoignage de papiers sales et de canettes froissées nous fait regretter la civilisation. Comment peut-on détruire un si charmant endroit, placé judicieusement au beau milieu d’un désert brûlant ? Nous déjeunons dans un espace entouré de palmiers, et décidons, à l’unanimité, de porter une requête auprès de notre guide : ne pas dormir ce soir dans un tel endroit, comme prévu, mais préférer le désert. Notre requête est vite acceptée, et nous nous reposons tant bien que mal, nonobstant le bruit ambiant des multiples groupes motorisés présents.

“Yallah, Yallah !”

Nous repartons rapidement et constatons la différence de température entre la cavité végétale naturelle de l’oasis et l’extérieur. Nous nous accoutumons donc quelques minutes à la température (environ 36°) avant de reprendre la route.

Le désert Blanc, comme nous nous l’imaginons nous entoure à nouveau, avec ses formes imagés qui exacerbent notre imagination, après avoir traversé un étendue de sable mou, parsemée de minuscules oasis où ne poussent qu’un seul arbre, parfois, un palmier ou même un mimosa, essence improbable, dont l’ombre salutaire et parfumée nous abrite le temps de prendre une gorgée d’eau de nos gourdes. A proximité, nous découvrons un puits creusé à même la roche. Nous descendons prudemment le petit monticule rocheux qui nous avait invité à découvrit la région de haut, d’où nous voyons, au loin, l’oasis « Aire d’autoroute » du midi. Une grande roche d’une dizaine de mètres de hauteur et d’une centaine de mètre de diamètre, n’hésite pas à nous inciter à la gravir par un coté escarpé pour prendre de la hauteur en embrasser d’un coup d’œil l’ensemble de la région peuplée de monolithes blancs.

Puis les chameaux restés en bas nous invitent à les rejoindre, et nous reprenons notre lente progression vers le campement. Ce dernier est difficile à trouver, et après avoir tournés en rond en suivant aveuglément le chamelier chef, nous apercevons enfin, au loin, l’installation pour la nuit, tandis que le soleil s’écrase lentement derrière nous. Nous grimpons rapidement, malgré la fatigue, sur une montagne rocheuse et contemplons pour la dernière fois du séjour la lente disparition rougeoyante de celui qui nous a donné si chaud.

Lorsque les dernières photos ont capturé ce moment fugace, nous redescendons rejoindre le reste du groupe qui, déjà, s’est installé autour d’un feu réconfortant, tout en dégustant une tasse de Carcadet, [5], qui mérite d’être sucrée, tellement elle paraît âpre. Comme tous les soirs, nous la dégustons, accompagnée d’un petit gâteau que nous offrent les chameliers, en guise de réconfort ou de récompense.

Ce soir, nous décidons de ne pas monter la tente, car demain matin nous devons partir à 7h, une heure plut tôt que d’habitude.

Nous dînons une dernière fois dans le désert, ce désert que nous avons su apprivoiser en le traversant lentement, en le respectant. Le respect a été réciproque, car il nous a donné ce qu’il a de plus beau à nous offrir : le silence, sa beauté, sa simplicité, et sa pureté. La variété de ses paysages nous a étonnés chaque jour, pour notre plus grand plaisir.

Après le repas, les chameliers entonnent des chants, dont les paroles, incompréhensibles pour nous, sont reprises pourtant à l’unisson entre eux. Un jerrycan en plastique joue le rôle invraisemblable d’un tambourin, tandis que le son métallique de la théière ponctue, alors qu’un petit plateau reçoit en rythme le plat d’une main. Les chansons rythmées cessant tout à coup, pour laisser place aux chansons françaises, à la demande des bédouins. Hélas, à part quelques paroles connues du début ou des refrains, nous sommes vite à court d’idées, sous l’œil amusé de Mansour, très expressif et moqueur. Nous constatons que ces moments simples de chants autour d’un feu de bois improvisé, s’est perdu pour nous, vraisemblablement à cause d’un mode de vie urbain et industrialisé, renforcé par un individualisme contraint, ayant eu raison de la jovialité d’un moment commun.

Quelques danseurs se lancent sur les rythmes des musiques arabes, rejoints peu après plus ou moins volontairement par le reste du groupe. Vers 22h, les premiers partent se coucher, suivis de peu par les plus récalcitrants. La nuit est fraîche, et une brise particulièrement sournoise nous réveille de temps en temps.

Les premiers rayons du soleil nous tirent de nos duvets et rapidement nos affaires sont prêtes pour le départ. Il est une heure plus tôt que d’habitude.

Jour 6 – 12/11/2010

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C’est peu après 7 heures que nous quittons le camp, après avoir salué le « cuistot » Omar, car nous ne le reverrons plus (enfin on pensait). Nous faisons une petite marche d’une heure jusqu’à la route, tout en essayant d’absorber visuellement le paysage qui va bientôt s’évanouir. Le bus arrive bientôt, au même moment que le 4x4 chargé de nos sacs qui sont rapidement transbordés. Les derniers adieux faits, nous nous dirigeons vers nos sièges et le bus s’ébranle rapidement vers le Nord-Est.

La route nous semble monotone et les postes de police nous ramènent tranquillement sur le chemin de la civilisation. En passant par Bahariya, nous commandons le déjeuner que nous viendrons rechercher après la visite d’un petit musée local enfermant une poignée de momies poussiéreuses.

Nous repartons pour atteindre les sources d’eau chaude qui nous déçoivent beaucoup. Nous nous imaginions une oasis où un petit lac accueillant nous aurait séduit et dans lequel nous aurions pris du plaisir à nous hydrater. En réalité, un abreuvoir cimenté, alimenté par une pompe bruyante déverse par un tuyau agricole, une eau trouble dans laquelle se baignent les plus téméraires. De plus, deux autres groupes se partagent le lieu qui est loin de nous enchanter. Je me baigne juste les pieds, « Histoire de ». Nous repartons résolument décidés à oublier cette étape peu attrayante.

Nous repassons, comme prévu, par Bahariya, pour prendre le déjeuner, où nous retrouvons miraculeusement Omar, assis au coté du tenancier. Nous déjeunons dans une palmeraie (ou plutôt une datteraie), toute proche. Le propriétaire nous fait déguster des dattes fraîches qu’il cueille lui-même sur l’arbre, puis me propose de l’imiter, en m’accrochant au tronc avec une nasse, les pieds campés solidement sur l’écorce du dattier. Ayant le choix dans la datte [6], j’arrive à cueillir avec difficulté une seule datte, que je déguste du haut de l’arbre, sous l’œil amusé de mes compagnons.

Le voyage reprend, d’une monotonie sinistre et lascive, et après un bref arrêt dans l’auberge où nous nous étions arrêtés à l’aller, nous constatons, en fin de journée que le désert cède aux arguments des bâtiments d’habitation de plus en plus denses, jusqu’à ce que la circulation cairote, fourmillante, bruyante et saturée, nous conduise par des chemins peu optimisés, à l’hôtel dans lequel nous étions il y a une semaine. Une douche réparatrice nous réconcilie avec la civilisation, puis nous rejoignons le groupe qui s’enfonce dans la jungle urbaine.

Nous demandons à un policier touristique « Où pourrions nous dîner à 15 dans un restaurant local ? ». Un jeune cairote anglophone nous conduit dans un restaurant « GAD », où nous nous faufilons pour nous répartir sur trois tables, dans l’atmosphère bruyante mêlée de voix, de klaxonne de la vie très dense du Caire, qui fête, à cette époque, le sacrifice d’Abraham, (Ibrahim dans le Coran), ancêtre des peuples hébreux et arabes, et père du monothéisme et de des religions de ces peuples. Les quatre jours fériés encouragent les habitants à sortir beaucoup et à traîner dans les ruelles, tout en s’apostrophant, en traversant quelques fois les artères bondées, dont les véhicules hargneux cherchent à se mesurer aux piétons intrépides.

Des membres du groupe prennent des mets égyptiens tandis que d’autres sont séduits par des pizzas locales. Notre guide improvisé (Mohamed), reste avec nous et la conversation dense a pour objet la comparaison des modes de vie, après avoir dévoilé les présentations d’usage.

Sur le chemin du retour à l’hôtel, nous sommes séduits par une boulangerie dans laquelle s’exposent des pâtisseries sucrées, attirant les dernières livres égyptiennes. Enfin, nous nous installons sur une terrasse toute proche de notre hébergement, où nous partageons un dernier verre de thé (plus ou moins à la menthe), et des sodas.

Le Bus se fraye un chemin au travers des terrasses des cafés, où les clients surpris se lèvent précipitamment, entraînant avec eux, pèle-mêle leur chaise, leurs boissons, et même leurs plats.

L’aéroport est comme tous les aéroports : stressant et fourmillant, malgré l’heure tardive (1h30 du matin). Nous montons enfin à bord après une heure d’attente à errer sans but de magasins détaxés à bars déshumanisés, et juste avant le décollage (à 4h), tous les passagers s’endorment superficiellement, se tortillant de leur mieux sur des sièges trop étroits et inconfortables.

Jour 7 – 13/11/2010

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A 6h sonnante, heure française (7h en Égypte), les lumières de l’avion nous tirent d’un sommeil léger pour nous inviter à prendre un pseudo petit déjeuner dont la composition reste improbable : Saucisses, nems, pain avec beurre et confiture accompagné d’une boisson fraîche et d’un café ou d’un thé. Malgré la curiosité du repas, tout le monde mange de bon appétit, en faisant l’impasse les uns sur les nems, d’autres sur la saucisse, d’autre encore sur la vache qui rit.

Le groupe se retrouve bientôt autour du carrousel des bagages, et après s’être chaleureusement embrassés, nous nous promettons, sans trop y croire, de nous retrouver bientôt, soit par e mail, ou au hasard d’une future ballade, dans un autre désert, qui sait…

Chacun retrouve bien vite son quotidien, et retrouve sûrement la futilité de nos petits problèmes européens, loin, bien loin de la vérité naturelle que nous avons vécue.

Le désert Blanc en vidéo (deux parties)

Première partie


Seconde partie

[1pâtes + riz + lentilles + poids chiche + viande bouillie, agrémenté d’une sauce tomate et d’une sauce à l’ail très liquide

[217 Millions d’habitants en 2010

[35 Livres Égyptiennes correspondent à environ 0,60€

[4On y va

[5ou Carcadé, (« bissap » en Afrique de l’ouest) boisson chaude d’infusion d’hibiscus

[6contrepèterie classique qui me fait toujours rire

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